#005

Tricky – Hell is Round the Corner – Maxinquaye (1995)

005
Quand j’y pense c’est assez dingue mais la plupart des titres qui constituent mes inusables – j’avais aussi pensé à « boucles d’oreilles » mais je suis déjà pas mal efféminé alors bon voilà quoi – la plupart de ces titres donc, me font instantanément penser à un lieu, une odeur, un moment précis et à ce que je faisais ou lisais au dit moment.
Bah ce titre là, non.
Enfin, pas tout à fait. Je resitue l’époque et la maison de me parents, la vieille télé sur son meuble à roulettes sur le carrelage orange que j’avais oublié avant de l’écrire à l’instant, mais ce qui me revient dès la première note, dès le premier gémissement, dès le premier souffle, c’est la tronche de Tricky dans ce clip que je n’ai pourtant pas dû voir tant que ça.Putain, le carrelage est franchement dégueulasse en fait, je me rends compte.
Le type est déjà flippant à la base et il en rajoute une couche à coup de maquillage, de tunique informe et de mouvements à la fois ralentis et saccadés le tout baignant dans un décor de chambre d’hôtel rococo filtré de rouge. Bizarre quoi. Le jeu de caméra super bien trouvé épouse cette ambiance heu, bizarre. Je l’ai déjà dit mais je ne trouve pas le mot juste. Ah si, étrange, c’est pas mal comme synonyme.
Je ne peux donc pas écouter ce morceau sans que ces images me viennent en tête.
Le côté lent du morceau comme du clip colle au portrait que je me fais du bonhomme. Mi-génie mi-feignasse.
Le gars Tricky c’est déjà pas un secret qu’il a une passion pour les herbes de provence et que c’est pas vraiment une grosse bête de scène (on n’est pas chez Dionysos), mais se rendre compte que, tranquilou bilou, il recycle un texte qu’il a déjà pondu chez ses potes de Massive Attack et qu’il le colle ni vu ni connu sur un sample d’Isaac Hayes qui tournait pas mal chez les mecs pointus de Bristol à l’époque (la preuve avec Portishead au même moment, un petit groupe sympa qu’à failli percer), le gars fait un peu ce qu’il veut quoi. Ranafout’ de rien. Un genre de punk à chien mais sans accordéon.
Reste que si un morceau devait résumer le Trip-hop apparu dans ces années là, eh bin j’en vois pas d’autres. L’enfer est au coin de la rue mais c’est le paradis dans mes oreilles.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

Publicités

#004

 

Nick Cave – Jubilee Street – Push The Sky Away (2013)

004

Nick Cave n’est jamais aussi bon que lorsqu’il se fait conteur. Un mec à l’allure un peu inquiétante qui raconte des histoires tordues au coin du feu pendant que l’orage gronde.

Il me fout un peu les boules ce type.

Des mecs avec une tronche bizarre j’en connais pas mal. A commencer par moi d’ailleurs. Les grosses lèvres j’ai, une coupe de merde c’est bon aussi, je fais la collec’ mais lui il ne bouge pas – si on excepte une parenthèse à moustaches – il reste ce mélange de rockeur dandy dégingandé avec un sacré grain si on s’en tient à ce qu’il écrit.

Bref, c’est quand il se met à raconter une histoire tordue qu’il est pour moi le meilleur. L’histoire d’une fille, d’un garçon, d’une prostituée, d’un meurtrier ou d’un fait divers qui partent en vrille le temps de la chanson avec, en fond sonore – car pour ça aussi il est balèze le gars – une lente montée en tension électrique « capharnaümesque » qui finit dans une apothéose de bruit et de fureur.

Il en a quelques uns des morceaux comme ça mais je dois dire que celui-ci… Celui-ci…

Ah la vache que c’est bon! La ligne mélodique très simple, très belle et douce au début est aussi diablement efficace quand les cordes envahissent lentement l’espace. Elle s’efforce de garder sa place en devenant de plus en plus rageuse sur une guitare, d’abord effleurée corde par corde, puis maltraitée à coups de distorsion plaqués comme autant d’éclairs surgissant des lourds nuages bleus nuit qui semblent surplomber la fin de la chanson. L’arrivée d’un chœur d’enfants sur la fin donnant une ampleur quasi mythologique au récit. Une ambiance de fin du monde.

Le violon de son compère Warren Ellis (qui ne doit pas être étranger à la beauté des arrangements) est la touche de folie qui s’immisce progressivement entre les notes comme quelques autres sons parasites. Un grain de son d’abord chaud et doux, discret; qui termine fou et déchiré.

Ce morceau connaît une version formidable lors d’un live à l’opéra de Sydney, accompagné de l’orchestre symphonique; c’est aussi la bande son principale du film « 20.000 jours sur terre » qui raconte 24h de la vie de Nick Cave et une partie de l’élaboration de ce titre. [Anecdote inutile: quand je l’ai vu, je venais de réaliser que j’étais dans mon 444ème mois sur terre, ça m’a fait sourire].
Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

Pétez-vous bien les oreilles!