#007


Lorsque Flore – Mathieu Boogaerts – Super (1996)

Dans le genre « salut je ressemble à rien mais j’assure grave » on peut ranger ce bon Mathieu Boogaerts.

Alors attention les gens, là on passe la cap des inusables, on est carrément dans ce qui est devenu une tradition pour mes oreilles. Je sais pas pourquoi, je sais pas comment mais ce morceau me suit depuis sa sortie et, si jamais je l’oublie, il revient tout seul sur ses petites jambes, remuer son popotin sur mes tympans à chaque anniversaire. Eh ouais, balèze le morceau.

Déjà Mathieu Boogaerts il susurre comme personne des trucs intimistes super bien vus alors qu’on dirait qu’il raconte n’importe quoi. Des p’tits bouts de trucs qui font mine de rien et qui s’impriment et se transforment en émotions, en ressentis, comme quand on écoute une chanson et qu’on pense à la moquette de sa chambre d’enfant.

Bon, là sur le dessin c’est sa période jaune/orangé mais ses périodes verte et bleu sont bien aussi. J’aurais pu prendre une autre de ses chansons mais c’est juste que son premier album, j’ai carrément usé la cassette, (ce vieux truc rectangulaire à bande, pote du stylo bille) sur laquelle j’avais calé aussi une petite session acoustique de chez Lenoir qu’était pas dégueu non plus, et je restais scotché sur M6 la nuit dans l’espoir de voir le clip de « Ondulé » qu’était plutôt bien foutu.

Ça ne ressemblait à rien de ce que je connaissais et pis finalement, eh bin toujours pas. Si on cherche bien effectivement on peut lui coller quelques stickers sur le front, un mélange de textes généralement en français mêlant poésie, quotidien et ritournelles sur des rythmes au sang africain et des instruments de base qui ont l’air d’avoir été bricolés mais n’en sonnent que plus délicatement.

« Lorsque Flore », c’est typiquement ça. La batterie est asthmatique, le synthé bloubloutte dans un coin, la guitare fait de la ponctuation presque hésitante et les émotions peinent à débouler par les les lèvres d’un chanteur qui voudrait les crier. Comme si son corps était constitué par les instruments que l’on entend hésitants, mal à l’aise, timide en somme.

Ouais, les chansons de Mathieu Boogaerts me font penser à des bonshommes en pâte à modeler ou faits de bric à brac, dégingandés, malhabiles dans la vie mais laissant ainsi transparaître ce qu’ils sont au fond.

Et puis bon, pour pas me la péter genre poète de la rue et de la bricole et aussi pour faire simple : c’est quand même un refrain super, ya qu’à voir, il m’accompagne depuis vingt ans.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

#006


The Smiths – Barbarism Begins at Home – Meat is Murder (1985)

Est-ce normal d’avoir envie de tuer un pacifiste? 
Naaan, ça s’fait trop pas me direz-vous. Eh ben c’est dingue mais c’est pourtant ce qui m’arrive à chaque fois que j’entends un type reprendre « Imagine » au piano, à la guitare, a capella, au kazoo ou à la cornemuse, c’est à dire souvent, très très très souvent. Trop souvent.

J’ai eu beau me forcer et ce, dès le plus jeune âge en usant un vieux 45t de « Help » sur ma platine de jeune foufou que j’étais (en même temps c’était « Help » ou « Tout nu et tout bronzé », y avait pas beaucoup de disques à la maison), mais Les Beatles j’y arrive toujours pas, je trouve ça niais. Enfin, niais je sais pas mais gentil, cucul, concon ça marche aussi, c’est au choix. Et John Lennon c’est presque pire, c’est un peu le chef des bisounours, genre : c’est quand même lui tout seul « Imagine ». Et je dis pas ça pour faire le malin, je risque pas de me mettre grand monde à dos sur ce blog, j’ai vraiment essayé hein mais rien à faire, « Imagine » me sort par le cul, précédé de quatre bonshommes dans le vent.

« Ah bah bien sûr, c’est pasque t’es plutôt Rolling Stones » me dira le premier agitateur de clichés venu. Eh ben non, ils ont cette étonnante capacité de parfois m’en remuer une sans que l’autre ne bronche vraiment.

Bon, je divague avant même d’avoir commencé mais ce que je voulais dire c’est qu’avec les Smiths là par contre, on est à un autre niveau. Ça c’est MA référence de pop anglaise.

Réussir à conjuguer des mélodies super avec des textes à la fois intelligents et drôles – enfin heu on n’est pas chez Bigard non plus, c’est un poil plus fin – ça c’est le boulot d’un groupe mythique. C’est pas comme de passer de la coupe au bol aux cheveux longs ou de la guitare au sitar. Sans déconner, on pourrait dire la même chose de la carrière de Johnny Halliday c’est vous dire. Donc Les Beatles, non.

Le côté ingrat dans un groupe c’est que le charisme est généralement réservé au chanteur, voire au guitariste s’il assure un minimum ou s’il a une coupe sympatoche.

Morrissey niveau charisme on est bon là. Un mec qui reste séduisant en faisant du yoddle, yen n’a pas des caisses. S’il avait porté une culotte de peau je dis pas mais là non, c’est bon.

Je vous ai fait la version jeune, pas la version gourou vegan intégriste bedonnant – désolé pour le double lapsus, les gourous finissent généralement avec un physique discutable (t’as qu’à voir la gueule de Raël) et vegan intégriste ça relève du pléonasme .

Bref, là où le chanteur et le guitariste s’en sortent pas mal niveau charisme, la section rythmique rame un peu. En l’occurence ils ont plutôt un air bovin, vaguement consanguin, un peu genre les copains des types populaires au lycée quoi. Mais bon, ils font le job. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime ce morceau, la ligne de basse me tue, et le fait que le morceau s’étire en lui laissant de la place me comble de joie.

Ô joie.

Et du coup on a aussi un vague aperçu du talent de Momo en terme de meublage dit « à l’autrichienne », mélange de yoddle et de mec qui sort de la fête de la bière et ne se souvient plus des paroles. Mais c’est chouette. Yen à plein d’autres de chouettes d’ailleurs mais ça me donnera l’occasion de mieux réussir sa tronche une prochaine fois parce que les gens beaux c’est comme au lycée, c’est énervant et c’est plus dur à dessiner.

On va croire que j’ai été traumatisé au lycée mais figurez-vous que pas du tout, au collège c’était pareil.

Heureusement il y avait les Smiths.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

#005

Tricky – Hell is Round the Corner – Maxinquaye (1995)

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Quand j’y pense c’est assez dingue mais la plupart des titres qui constituent mes inusables – j’avais aussi pensé à « boucles d’oreilles » mais je suis déjà pas mal efféminé alors bon voilà quoi – la plupart de ces titres donc, me font instantanément penser à un lieu, une odeur, un moment précis et à ce que je faisais ou lisais au dit moment.
Bah ce titre là, non.
Enfin, pas tout à fait. Je resitue l’époque et la maison de me parents, la vieille télé sur son meuble à roulettes sur le carrelage orange que j’avais oublié avant de l’écrire à l’instant, mais ce qui me revient dès la première note, dès le premier gémissement, dès le premier souffle, c’est la tronche de Tricky dans ce clip que je n’ai pourtant pas dû voir tant que ça.Putain, le carrelage est franchement dégueulasse en fait, je me rends compte.
Le type est déjà flippant à la base et il en rajoute une couche à coup de maquillage, de tunique informe et de mouvements à la fois ralentis et saccadés le tout baignant dans un décor de chambre d’hôtel rococo filtré de rouge. Bizarre quoi. Le jeu de caméra super bien trouvé épouse cette ambiance heu, bizarre. Je l’ai déjà dit mais je ne trouve pas le mot juste. Ah si, étrange, c’est pas mal comme synonyme.
Je ne peux donc pas écouter ce morceau sans que ces images me viennent en tête.
Le côté lent du morceau comme du clip colle au portrait que je me fais du bonhomme. Mi-génie mi-feignasse.
Le gars Tricky c’est déjà pas un secret qu’il a une passion pour les herbes de provence et que c’est pas vraiment une grosse bête de scène (on n’est pas chez Dionysos), mais se rendre compte que, tranquilou bilou, il recycle un texte qu’il a déjà pondu chez ses potes de Massive Attack et qu’il le colle ni vu ni connu sur un sample d’Isaac Hayes qui tournait pas mal chez les mecs pointus de Bristol à l’époque (la preuve avec Portishead au même moment, un petit groupe sympa qu’à failli percer), le gars fait un peu ce qu’il veut quoi. Ranafout’ de rien. Un genre de punk à chien mais sans accordéon.
Reste que si un morceau devait résumer le Trip-hop apparu dans ces années là, eh bin j’en vois pas d’autres. L’enfer est au coin de la rue mais c’est le paradis dans mes oreilles.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

#004

 

Nick Cave – Jubilee Street – Push The Sky Away (2013)

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Nick Cave n’est jamais aussi bon que lorsqu’il se fait conteur. Un mec à l’allure un peu inquiétante qui raconte des histoires tordues au coin du feu pendant que l’orage gronde.

Il me fout un peu les boules ce type.

Des mecs avec une tronche bizarre j’en connais pas mal. A commencer par moi d’ailleurs. Les grosses lèvres j’ai, une coupe de merde c’est bon aussi, je fais la collec’ mais lui il ne bouge pas – si on excepte une parenthèse à moustaches – il reste ce mélange de rockeur dandy dégingandé avec un sacré grain si on s’en tient à ce qu’il écrit.

Bref, c’est quand il se met à raconter une histoire tordue qu’il est pour moi le meilleur. L’histoire d’une fille, d’un garçon, d’une prostituée, d’un meurtrier ou d’un fait divers qui partent en vrille le temps de la chanson avec, en fond sonore – car pour ça aussi il est balèze le gars – une lente montée en tension électrique « capharnaümesque » qui finit dans une apothéose de bruit et de fureur.

Il en a quelques uns des morceaux comme ça mais je dois dire que celui-ci… Celui-ci…

Ah la vache que c’est bon! La ligne mélodique très simple, très belle et douce au début est aussi diablement efficace quand les cordes envahissent lentement l’espace. Elle s’efforce de garder sa place en devenant de plus en plus rageuse sur une guitare, d’abord effleurée corde par corde, puis maltraitée à coups de distorsion plaqués comme autant d’éclairs surgissant des lourds nuages bleus nuit qui semblent surplomber la fin de la chanson. L’arrivée d’un chœur d’enfants sur la fin donnant une ampleur quasi mythologique au récit. Une ambiance de fin du monde.

Le violon de son compère Warren Ellis (qui ne doit pas être étranger à la beauté des arrangements) est la touche de folie qui s’immisce progressivement entre les notes comme quelques autres sons parasites. Un grain de son d’abord chaud et doux, discret; qui termine fou et déchiré.

Ce morceau connaît une version formidable lors d’un live à l’opéra de Sydney, accompagné de l’orchestre symphonique; c’est aussi la bande son principale du film « 20.000 jours sur terre » qui raconte 24h de la vie de Nick Cave et une partie de l’élaboration de ce titre. [Anecdote inutile: quand je l’ai vu, je venais de réaliser que j’étais dans mon 444ème mois sur terre, ça m’a fait sourire].
Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

Pétez-vous bien les oreilles!

 

#003

 

Dominique A – Au revoir mon amour – Eléor (2015)

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Le petit oiseau chétif androgyne à la voix fluette s’est transformé en une montagne de sensibilité assumée. Bim, elle claque sa mère la phrase là, ça arrive de temps en temps, on trouve les mots exacts qu’il faut pour faire passer un truc et là c’est ça. À vous p’têt pas mais à moi ça me parle, oui, j’aime bien me parler quand je suis tout seul et je vous emmerde. Vas-y Toto, continue.
Le morceau n’est pas très vieux mais j’ai déjà essayé de l’user pas mal, ya pas moyen. Ça va commencer à être saoulant pour certains mais putain merde les violons quoi. Les – vio – lons.
Si vous êtes pas contents barrez vous tout de suite parce que je vais en remettre une couche sur les cordes et les orchestrations super de ce morceau très bien.
Ça commence à faire un bout que j’écoute Dominique A et il arrive toujours à pondre des trucs qui m’intéressent ce type. Quand je parle de montagne de sensibilité c’est pas pour rien. C’est un peu le même parcours physique qu’Olivier Mine si on veut sauf que celui là, à part brailler sur des nains l’été, je vois pas trop ce que ça donne niveau vocal. Eh ben le Dodo, son physique de maintenant ça l’empêche pas de chanter comme quand il avait quinze ans dans sa chambre, quoique sa voix tremble moins, le créneau du chanteur qui bêle était déjà pris par Julien Clerc, c’est un bon point.
Parce qu’il assume le mec, sur ses pauvres maquettes 4 pistes d’ado sur fond de boîte à rythme et de synthés (je vous ai déjà dit que je vomissais les synthés?) il était à fond dedans et aujourd’hui rien n’a changé, c’est toujours à fleur de peau mais avec plein de 4 pistes empilés et beaucoup moins de synthés (Je.. heu… Non, je l’ai déjà dit).
En plus d’une super mélodie et plein de violons supers, Dominique a le bon goût d’écrire des trucs pas dégueu du tout. C’est simple, touchant et chacun peut le prendre à sa façon. Pour moi ça  parle d’un mec trop timide, capable de tomber amoureux de chaque fille qu’il trouve mignonne mais qui ne sera jamais capable de faire le premier pas et du coup il est malheureux et du coup il y a des violons. Je me suis même demandé s’il n’avait pas casé un jeu de mot en parlant de lui. Un vers qui dit « peut-être une autre année » je l’ai entendu comme « peut-être une autre Ané » son vrai nom de famille. Comme si la prochaine sur laquelle il va tomber sera la bonne pour lui. Bref, c’est mon délire à moi, je n’aurai jamais la réponse et c’est tant mieux sinon je vais penser à un Ruquier chantant, c’est pas cool. La vache, le name-dropping de malade dans cette note, j’ai dû écouter Delerm ya pas longtemps, ça interfère.
Pour changer, comme dans tous les bons morceaux, celui là est trop court et l’envolée finale passe trop vite, je vais me le remettre tiens, en plus le reste de l’album est formidable aussi.
On me signale en coulisses que les synthés c’est vraiment de la merde et je dois dire que je suis super d’accord.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

#002

The Divine Comedy – Someone – A Short Album About Love (1997)

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Vous avez déjà vu un manchot empereur? Ça a a trop le swag un manchot empereur, juste faut pas qu’il bouge parce que là évidemment, c’est beaucoup moins la classe. Quand on y pense, la faune du pôle nord ça fait le malin avec sa fourrure mais du phoque au manchot en passant par l’éléphant de mer, ils doivent sacrément se les cailler pour tous avoir une démarche aussi tarte. Ils sont tous tout raide et bancals, comme avec des engelures qui menaceraient de s’ouvrir à chaque mouvement trop cool.
Eh ben Neil Hannon c’est tout pareil. Pas pour la démarche hein, pour le swag.
Ça peut paraître un peu engagé comme point de vue au premier abord mais j’assume, j’aime bien garder de lui cette image de grand volatile maigrichon engoncé dans un costume trois pièces doré à l’or fin, tout en délicatesse malgré ses membres trop longs dont il ne sait pas quoi foutre, seul sur scène, devant des gens qui le regardent. Manquerait plus qu’il se dandine d’un pied sur l’autre et paf, on est sur la banquise sans crème pour les mains.
Le truc c’est que Neil Hannon sur cet album il est pas tout seul justement.
Il a plein de super copains pingouins qui balancent des super couches de cordes dans tous les sens mais de façon classe, on n’est pas sur la banquise quoi.
Du coup ça fait un ensemble très sirupeux, très guimauve mais tiré à quatre épingles, un court album débordant de cordes, de cuivres et de sucre.
Ce morceau en particulier peut paraître très cucul, les paroles sont du niveau d’un jeune boutoneux près d’un feu de camp essayant de choper une copine de classe mais l’habillage sonore, lui aussi très rose-bonbon, colle à chaque émotion posée par la voix du maigrichon encostardé étouffé par son mal-être et les souligne de plus en plus fort pour finir en une longue et délicieuse apothéose de violonades, de cuivres bramants et de guitarre rugissante, genre ya l’ours blanc qui débarque foutre le bordel en plus quoi. Tout ce déchaînement de notes remplaçant toute parole et exprimant d’autant mieux son état qu’aucun mot ne le ferait. Raaaah bordel, vous allez vite le savoir mais putain que j’aime les orchestrations classiques bouillonnantes et débordantes, trop pleines pour en saisir toutes les couches en une seule écoute et trop belles pour réussir à se concentrer sur une seule. Coup de bol, le volume de mon casque ne monte pas assez haut pour faire éclater mes tympans à la fin de ce morceau impérial.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

#001

Jacques Dutronc – Voulez vous – Madame l’existence (2003)

Ce con de Dutronc

Ah ça, pour faire le mariole ya du monde hein. J’aime les filles, les cactus et moi et moi et compagnie c’est super cinq minutes mais bon, à force, c’est lourd.
Dutronc c’est le gars sympa mais pas trop (sûrement à cause du cigare et du fait qu’il est planqué derrière ses lunettes), le mec qui fout l’ambiance en soirée genre ni vu ni connu, mine de rien, hop j’te mets l’ambiance avec une petite chanson rigolote à l’humour piquant qui dénonce en douce.
Le genre de type qui produit ce genre de dialogue: « Viens voir, ya Dutronc qui fait le con avec une chanson à l’humour piquant qui dénonce! Haha, quel con ce Dutronc » (fin du dialogue). Je suis consterné.
L’humour piquant qui dénonce, ok, ça va cinq minutes, mais les tchip tchip chibidouhoua ça fait plus trop marrer les copains au bout d’un moment, quand c’est l’heure des slows et que tu veux emballer, t’as pas envie que ton pote te tapote l’épaule sans arrêt pour te raconter encore et encore l’histoire de Toto qui va acheter du jambon. Voilà, c’est ça, il sait pas s’arrêter le mec, toujours toujours toujours la rigolade, ya un moment faut savoir dire stop.
J’en étais là il y a quelques années avec mon avis sur Dutronc sous le bras quand, un jour de désœuvrement hebdomadaire, un samedi (oui, c’est plus facile d’être désœuvré un jour précis de la semaine comme ça on sait quoi faire pour ne plus l’être, petit conseil que je vous donne) v’la-t’y pas que je tombe sur un disque tout neuf du mariole à la médiathèque. L’industrie musicale devait être elle aussi sacrément désœuvrée ce samedi là parce que j’ai rien trouvé d’autre à emprunter. J’me suis dit: « bon allez, ça va être piquant et dénonciateur sans plus, mais au moins tu connais pas les blagues. Vas-y Toto, ramène ce bon vieux con de Jacques à la maison. »
Me voilà tranquilou en train d’écouter tout ça en gribouillant des petits bonshommes, le disque tourne et, à part le fait que ça ressemble pas au Dutronc qui fait le mariole en ricanant des crac boum hue, ça m’empêche pas de continuer de gribouiller allègrement mes petits bonshommes. Jusqu’à cette chanson.
Alors, me demandez pas pourquoi, c’est p’têt l’ambiance feutrée genre lounge bar, p’têt l’anaphore (merci Francois) avec « voulez-vous » qui débute chaque rime, peut-être même le côté balèze de réussir à placer télématin dans le texte sans paraître tarte, toujours est-il que j’étais vachement moins concentré sur mes bonshommes et que j’ai monté le son. Et j’ai pas regretté vu que le morceau prend une autre tournure aux deux tiers avec une batterie qui se réveille en même temps qu’une guitare bien saturée dans le fond sans pour autant accélérer le bordel mais en passant des chaussons aux grosses boots bien lourdes.
Autre raison de laisser tomber mes bonshommes, le Jacquot se met à baragouiner dans d’autres langues que je n’ai toujours pas réussi à identifier. Soit c’est vraiment une chèvre en anglais, soit il s’essaie à l’allemand ou alors peut-être qu’il fait un avc en plein enregistrement je sais pas mais ça donne une ambiance particulière, un peu tendue à côté du voulez-vous gentillet en boucle du début. En plus voilà les violons qui déboulent pour enrober le tout. Et alors là moi, les violons, c’est bon, plus question de petits bonshommes, je remets la chanson trois fois de suite.
Alors voilà, resultat: j’aime bien une chanson de ce con de Dutronc.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.