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Jacques Dutronc – Voulez vous – Madame l’existence (2003)

Ce con de Dutronc

Ah ça, pour faire le mariole ya du monde hein. J’aime les filles, les cactus et moi et moi et compagnie c’est super cinq minutes mais bon, à force, c’est lourd.
Dutronc c’est le gars sympa mais pas trop (sûrement à cause du cigare et du fait qu’il est planqué derrière ses lunettes), le mec qui fout l’ambiance en soirée genre ni vu ni connu, mine de rien, hop j’te mets l’ambiance avec une petite chanson rigolote à l’humour piquant qui dénonce en douce.
Le genre de type qui produit ce genre de dialogue: « Viens voir, ya Dutronc qui fait le con avec une chanson à l’humour piquant qui dénonce! Haha, quel con ce Dutronc » (fin du dialogue). Je suis consterné.
L’humour piquant qui dénonce, ok, ça va cinq minutes, mais les tchip tchip chibidouhoua ça fait plus trop marrer les copains au bout d’un moment, quand c’est l’heure des slows et que tu veux emballer, t’as pas envie que ton pote te tapote l’épaule sans arrêt pour te raconter encore et encore l’histoire de Toto qui va acheter du jambon. Voilà, c’est ça, il sait pas s’arrêter le mec, toujours toujours toujours la rigolade, ya un moment faut savoir dire stop.
J’en étais là il y a quelques années avec mon avis sur Dutronc sous le bras quand, un jour de désœuvrement hebdomadaire, un samedi (oui, c’est plus facile d’être désœuvré un jour précis de la semaine comme ça on sait quoi faire pour ne plus l’être, petit conseil que je vous donne) v’la-t’y pas que je tombe sur un disque tout neuf du mariole à la médiathèque. L’industrie musicale devait être elle aussi sacrément désœuvrée ce samedi là parce que j’ai rien trouvé d’autre à emprunter. J’me suis dit: « bon allez, ça va être piquant et dénonciateur sans plus, mais au moins tu connais pas les blagues. Vas-y Toto, ramène ce bon vieux con de Jacques à la maison. »
Me voilà tranquilou en train d’écouter tout ça en gribouillant des petits bonshommes, le disque tourne et, à part le fait que ça ressemble pas au Dutronc qui fait le mariole en ricanant des crac boum hue, ça m’empêche pas de continuer de gribouiller allègrement mes petits bonshommes. Jusqu’à cette chanson.
Alors, me demandez pas pourquoi, c’est p’têt l’ambiance feutrée genre lounge bar, p’têt l’anaphore (merci Francois) avec « voulez-vous » qui débute chaque rime, peut-être même le côté balèze de réussir à placer télématin dans le texte sans paraître tarte, toujours est-il que j’étais vachement moins concentré sur mes bonshommes et que j’ai monté le son. Et j’ai pas regretté vu que le morceau prend une autre tournure aux deux tiers avec une batterie qui se réveille en même temps qu’une guitare bien saturée dans le fond sans pour autant accélérer le bordel mais en passant des chaussons aux grosses boots bien lourdes.
Autre raison de laisser tomber mes bonshommes, le Jacquot se met à baragouiner dans d’autres langues que je n’ai toujours pas réussi à identifier. Soit c’est vraiment une chèvre en anglais, soit il s’essaie à l’allemand ou alors peut-être qu’il fait un avc en plein enregistrement je sais pas mais ça donne une ambiance particulière, un peu tendue à côté du voulez-vous gentillet en boucle du début. En plus voilà les violons qui déboulent pour enrober le tout. Et alors là moi, les violons, c’est bon, plus question de petits bonshommes, je remets la chanson trois fois de suite.
Alors voilà, resultat: j’aime bien une chanson de ce con de Dutronc.

Enfin, pour ceux que je n’aurais pas dégoûté et qui ont traversé ce papier, j’ai mis en place une playlist sur Spotify nommée « Inusables » sous le compte thomascrayon. Vous pourrez y trouver les titres mentionnés ici, les suivants seront rajoutés au fur et à mesure.

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